Dans l’est de l’Ouganda, leur réputation traverse les générations. Les « faiseurs de pluie » sont encore sollicités par certaines communautés pour provoquer les précipitations grâce à des rituels ancestraux. Une tradition qui conserve une place importante dans des régions agricoles régulièrement confrontées à la sécheresse, mais qui expose aussi ceux qui la pratiquent à de lourdes attentes.
Chez certains clans du peuple Bagisu, la capacité à faire tomber la pluie ne serait pas considérée comme un simple apprentissage. Elle se transmettrait au sein de familles désignées par la tradition.
Joseph Weyusya, ancien d’Inzu ya Masaaba, une institution traditionnelle des Bagisu, explique que les personnes appelées à exercer cette fonction appartiennent à des clans précis. Selon cette croyance, l’esprit appelé « khumusambwa » entrerait dans l’un des membres du clan et lui permettrait d’exercer ses pouvoirs.
La fonction repose ainsi sur un héritage culturel profondément ancré, avec des pratiques qui se perpétuent malgré les transformations de la société ougandaise.
Face à la sécheresse, des attentes immenses
Dans ces communautés rurales, l’enjeu dépasse largement la dimension spirituelle. Pour de nombreux agriculteurs, les pluies déterminent directement le niveau des récoltes et, par conséquent, les conditions de vie des familles. Lorsque les précipitations se font attendre, certains se tournent donc vers les faiseurs de pluie, avec l’espoir de voir les nuages revenir.
« Ces personnes nous aident dans une certaine mesure », témoigne Isaac Watenga, membre de la communauté. Face à des périodes de sécheresse de plus en plus difficiles à supporter, certains habitants continuent ainsi de croire à leur intervention.
Quand la pluie ne tombe pas
Mais cette réputation peut se transformer en fardeau. Les faiseurs de pluie sont parfois accusés lorsque les précipitations promises ne viennent pas. Leur intervention a pourtant un coût pour les communautés qui sollicitent leurs services.
Joseph Weyusya compare cette situation aux limites des prévisions météorologiques modernes. Même les scientifiques peuvent se tromper lorsqu’ils annoncent un phénomène climatique, souligne-t-il. Dès lors, selon lui, l’échec d’un rituel ne devrait pas automatiquement être imputé à celui qui l’accomplit.
Dans certaines situations, pourtant, la déception laisse place à la colère. Ceux qui étaient considérés comme capables de faire venir la pluie peuvent alors devenir les responsables désignés d’une sécheresse qu’ils ne parviennent pas à conjurer.
Entre croyances ancestrales, précarité agricole et incertitudes climatiques, les faiseurs de pluie restent ainsi au cœur d’une tradition qui leur confère un pouvoir symbolique considérable, mais dont ils peuvent aussi devenir les premières victimes.
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