Catherine Ringer, l’une des voix les plus reconnaissables du rock français, est morte dans la nuit du 14 septembre 2026, à l’âge de 68 ans. La chanteuse des Rita Mitsouko a succombé à un cancer foudroyant, ont annoncé mardi ses enfants dans un communiqué transmis à l’AFP.
Avec Fred Chichin, guitariste et compagnon de longue date décédé en 2007 des suites d’un cancer, Catherine Ringer avait formé l’un des duos les plus singuliers de la scène française. Leur rencontre, en 1979, dans le contexte de la scène punk, marque le début d’une collaboration qui allait profondément transformer le paysage musical des années 1980 et 1990.
Les Rita Mitsouko se sont imposés avec un répertoire qui échappait aux classifications. « Marcia Baïla », sorti en 1984, demeure leur titre le plus emblématique. Inspirée par la disparition de la danseuse argentine Marcia Moretto, emportée par un cancer, la chanson mêle rock, influences latines et univers théâtral. « C’est comme ça », « Andy » ou encore « Les Histoires d’amour finissent mal » ont ensuite confirmé la place particulière du groupe dans la chanson française.
Leur dernier album studio, Variety, paraît en 2007, quelques mois avant la disparition brutale de Fred Chichin, à 53 ans. Avec lui disparaît une moitié du duo, mais Catherine Ringer choisit finalement de prolonger l’aventure. Après une période de retrait, elle retrouve progressivement la scène, parfois aux côtés de son fils Raoul, guitariste, et engage une nouvelle étape de sa carrière.
Née le 18 octobre 1957 en région parisienne, Catherine Ringer grandit dans une famille d’artistes. Son père, Sam Ringer, peintre et rescapé de la déportation, lui inspirera notamment la chanson « Le Petit Train ». Sa mère est architecte. Elle quitte l’école à 15 ans et multiplie les expériences artistiques, dont certaines dans le cinéma pornographique, un épisode qu’elle assumera publiquement tout au long de sa vie.
Sa trajectoire solo confirme ensuite son goût pour l’expérimentation. En 2011, elle publie Ring n’ Roll, qui lui vaut en 2012 la Victoire de la musique de l’artiste-interprète féminine de l’année. En 2014, elle rejoint le projet Plaza Francia avec Christoph H. Müller et Eduardo Makaroff, membres de Gotan Project. Elle publie ensuite Chroniques et fantaisies, en 2017, tout en poursuivant ses concerts.
Catherine Ringer n’avait jamais cessé de faire vivre l’univers des Rita Mitsouko. En 2019, elle célèbre à la Philharmonie de Paris les 40 ans de sa rencontre avec Fred Chichin. Une tournée lui permet ensuite de reprendre une partie du répertoire du duo devant un public resté fidèle.
La chanteuse s’était également tournée vers la poésie, autre terrain d’expression pour une artiste attachée au rythme et aux mots. En 2023, elle expliquait à l’AFP avoir « toujours aimé le rythme des mots » et aimer improviser en rimes, y compris sur scène.
Son goût de la liberté s’exprimait aussi dans ses prises de position publiques. Le 8 mars 2024, lors de la cérémonie marquant l’inscription de l’interruption volontaire de grossesse dans la Constitution française, elle avait interprété La Marseillaise avec une liberté qui lui était propre.
Catherine Ringer laisse derrière elle une œuvre difficile à enfermer dans un genre. Avec Fred Chichin, elle avait imposé une esthétique faite de rock, de théâtre, de provocation et d’expérimentation. Après la disparition de son compagnon artistique, elle avait continué à faire vivre cet héritage tout en traçant sa propre route.
Avec sa mort, une figure majeure de la musique française disparaît. Mais la voix, l’énergie et l’indépendance artistique de Catherine Ringer continueront de résonner bien au-delà de l’histoire des Rita Mitsouko.
Laisser un commentaire