La justice américaine poursuit un ressortissant sénégalais, Amadou K. D., dans une affaire mêlant fraude financière, blanchiment présumé et corruption d’agents publics étrangers. Le Département américain de la Justice (DOJ) retient actuellement 18 chefs d’accusation contre lui. 15 pour fraudes électroniques, deux pour des transactions portant sur des produits présumés d’origine criminelle et un pour corruption internationale.
Le dossier judiciaire a connu plusieurs évolutions depuis son ouverture en mai 2023. L’acte d’accusation comptait initialement 21 chefs, avant l’ajout d’un 22e quelques mois plus tard. En février dernier, le parquet américain a finalement abandonné quatre charges liées à des transferts de fonds jugés suspects, pour un montant total de 193 000 dollars, soit environ 110 millions de francs CFA.
Résident permanent aux États-Unis, Amadou K. D. vivait à Laguna Niguel, dans le comté d’Orange, en Californie. Il dirigeait notamment Virtual Advisors LLC et Liquide Inc., deux sociétés actives dans le commerce électronique et les technologies de l’information. Selon l’accusation, le Sénégalais aurait construit autour de lui l’image d’un entrepreneur prospère. Propriétés luxueuses, véhicules haut de gamme et démonstrations de richesse auraient notamment servi à rassurer de potentiels partenaires et investisseurs.
Le parquet américain estime toutefois que cette image ne correspondait pas à sa situation financière réelle. Amadou K. D. aurait notamment affirmé être propriétaire, sans dette, de plusieurs résidences haut de gamme et s’être présenté comme l’un des Africains les plus riches.
Plus d’un milliard de francs CFA versé par des investisseurs
Entre 2015 et 2020, le prévenu aurait convaincu plusieurs investisseurs de financer des projets dans les secteurs de la technologie, de la santé, de l’immobilier et des services destinés à la diaspora africaine. D’après l’acte d’accusation cité par Les Échos, il aurait notamment assuré à certains investisseurs qu’il pouvait lui-même financer les entreprises concernées. Leur apport devait surtout permettre de convaincre de futurs investisseurs institutionnels de s’engager à leur tour.
Les investisseurs auraient été invités à signer des reconnaissances de dette convertibles d’une durée d’un an, avec la promesse d’un rendement minimal de 10 %, du remboursement de leur capital ou de la conversion de leur créance en participation dans l’entreprise. Mais, selon la justice américaine, ces engagements n’auraient pas été respectés. Une partie importante des fonds aurait été détournée vers des dépenses personnelles.
Au moins 11 investisseurs auraient ainsi versé à Amadou K. D. ou à ses entreprises un total de 1,87 million de dollars, soit plus d’un milliard de francs CFA. Certains auraient même utilisé une partie de leur épargne-retraite pour participer aux projets. Le parquet affirme que les fonds ont notamment servi à financer le loyer d’une résidence, des véhicules de luxe, des vêtements, des restaurants, des clubs de sport, des spas ou encore des achats en ligne.
Parmi les dépenses citées figurent l’acquisition de deux voitures de luxe d’occasion : une Rolls-Royce Ghost, achetée 133 778 dollars, et une Ferrari 458 Spider, acquise pour 177 185 dollars.
Deux anciens ministres de Macky Sall cités dans le dossier
L’affaire comporte également un volet de corruption internationale. Selon le DOJ, une partie des fonds aurait servi à offrir des avantages à des responsables publics étrangers, ce qui pourrait relever du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA), la législation américaine qui sanctionne notamment la corruption d’agents publics étrangers.
Deux anciens ministres du gouvernement de Macky Sall sont cités dans le dossier pour des faits remontant à 2018. Leurs noms n’ont pas été rendus publics. Ils apparaissent dans l’acte d’accusation sous les appellations « Official 1 » et « Official 2 ».
Lors d’un séjour aux États-Unis, le premier aurait bénéficié d’un voyage en hélicoptère pour assister à un match des Lakers. Son hébergement, certains déplacements et plusieurs activités de divertissement auraient également été pris en charge par des fonds provenant de Virtual Advisors. Le second aurait, pour sa part, invité Amadou K. D. au Sénégal en décembre 2018. Au cours de ce séjour, le Sénégalais lui aurait promis cinq véhicules dans le cadre d’une campagne politique.
Selon l’accusation, ces avantages auraient été proposés dans l’objectif d’obtenir une assiette foncière. Le dossier ne précise toutefois pas si les cinq véhicules ont effectivement été remis ni si les terrains recherchés ont finalement été obtenus.
La procédure se poursuit aux États-Unis. Une nouvelle étape est attendue le 10 septembre, date à laquelle la justice doit examiner un différend entre la défense et le parquet. Les avocats d’Amadou K. D. s’appuient sur les travaux de trois cabinets d’experts ayant analysé les flux financiers concernés. Ils soutiennent que certaines opérations présentées comme suspectes seraient en réalité licites. Le parquet demande au tribunal d’écarter ces expertises, estimant qu’elles ont été produites trop tard et qu’elles ne respecteraient pas les règles permettant d’en vérifier la fiabilité et de confronter leurs auteurs.
En attendant une éventuelle décision sur le fond, Amadou K. D. reste donc présumé innocent. La justice américaine doit encore déterminer la responsabilité du prévenu dans l’ensemble des faits qui lui sont reprochés.
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