Ni les cadres, ni les manœuvres. Ce sont les emplois du milieu qui cèdent les premiers sous la pression des algorithmes. Le rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur les tendances mondiales de l’emploi des jeunes, rendu public le 11 août 2026, examine la situation des 15-29 ans sur tous les continents et livre un diagnostic qui bouscule les idées reçues.
Les métiers de niveau intermédiaire concentrent le risque. Secrétariat et fonctions administratives, services à la personne, commerce et vente, travaux agricoles, artisanat industriel, conduite d’engins, postes d’assemblage : la liste couvre précisément les emplois qui offraient aux débutants une première marche vers la stabilité. L’automatisation les vide progressivement de leur contenu. À ce jour, 6,1 % des emplois occupés par des jeunes appartiennent aux catégories les plus exposées à l’intelligence artificielle. Une part substantielle de leurs tâches, parfois l’ensemble du poste, peut désormais passer à la machine.
L’organisation onusienne pousse le raisonnement jusqu’au chiffre. Que 10 % seulement de ces emplois s’évaporent, et 5,6 millions de jeunes basculent vers le chômage, la reconversion forcée ou le retrait du marché du travail. Les économies à revenu élevé absorberaient l’essentiel du choc, mais aucune région ne restera à l’abri.
Le Sud privé de son échelle
L’inquiétude se déplace vers les filières techniques. Bâtiment, industrie manufacturière, transformation agroalimentaire : les débouchés promis aux diplômés de l’enseignement professionnel se réduisent. Or ces secteurs ont longtemps servi d’ascenseur collectif. Ils ont porté l’essor asiatique et fondent aujourd’hui les stratégies industrielles de nombreux pays africains.
L’OIT le formule sans détour : « La diminution des possibilités d’emploi dans le secteur manufacturier pourrait devenir particulièrement inquiétante pour les pays en développement qui peinent à renforcer leur intégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, condition essentielle à leur développement économique ».
Le paradoxe est brutal pour un continent qui accueille chaque année des millions de nouveaux actifs. Comment miser sur l’usine lorsque la machine supprime les postes que l’usine devait ouvrir ? Les gouvernements disposent de peu de temps pour réorienter la formation, élargir les compétences numériques et inventer d’autres portes d’entrée vers l’emploi.
Laisser un commentaire