Les États-Unis pourraient durcir leur position à l’égard des régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Le 12 août, le membre du Congrès américain James P. McGovern a appelé le secrétaire d’État Marco Rubio à placer la protection des civils et le respect des droits humains au centre de la politique américaine dans ces trois pays.
Dans sa démarche, James P. McGovern a plaidé pour l’adoption de sanctions ciblées au titre de la loi Magnitsky mondiale contre les personnes soupçonnées d’avoir commis ou facilité des violations des droits humains. Le parlementaire américain a également demandé à l’administration de Donald Trump de s’assurer que toute aide américaine destinée à la région respecte les exigences des États-Unis en matière de droits humains.
Cette prise de position intervient alors que Washington cherche à redéfinir son engagement au Sahel, après plusieurs revers diplomatiques et militaires dans la région.
Cependant, la pression sur les autorités burkinabè contraste avec l’accord conclu en février entre Washington et Ouagadougou. Dans le cadre de ce partenariat, les États-Unis se sont engagés à mobiliser jusqu’à 147 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir les soins de santé au Burkina Faso.
Cet accord témoignait de la volonté américaine de préserver certains espaces de coopération malgré la dégradation des relations politiques et sécuritaires. La nouvelle offensive de McGovern pourrait toutefois ouvrir une période plus difficile pour cette coopération.
Les trois pays de l’AES s’éloignent de l’Occident
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont considérablement réorienté leurs partenariats depuis l’arrivée au pouvoir de régimes militaires dans ces trois pays. Réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ils ont quitté la CEDEAO et réduit leur coopération sécuritaire avec plusieurs partenaires occidentaux traditionnels. Dans le même temps, Ouagadougou, Bamako et Niamey ont renforcé leurs relations avec Moscou et cherchent à développer davantage leurs partenariats économiques et diplomatiques avec des puissances du Sud, notamment la Chine.
Pour Washington, cette nouvelle configuration a profondément réduit sa présence dans la région. Les États-Unis ont notamment dû quitter le Niger en 2024, après la prise de pouvoir des militaires à Niamey. La pression exercée par McGovern intervient également après une audience de la Commission des droits de l’homme Tom Lantos, organisée en mai, consacrée aux exactions présumées commises par les forces gouvernementales et les groupes armés dans le Sahel central.
Des organisations comme Human Rights Watch ont accusé des forces de sécurité et des milices alliées dans les trois pays de graves violations, parmi lesquelles des exécutions illégales, des détentions arbitraires et d’autres abus commis dans le cadre des opérations antiterroristes.
Les autorités des trois pays rejettent régulièrement ces critiques. Elles estiment que leurs partenaires occidentaux sous-estiment la complexité de la menace jihadiste et les difficultés auxquelles sont confrontées les forces engagées sur le terrain.
Pour les régimes de l’AES, la priorité reste la lutte contre les groupes armés qui continuent de mener des attaques meurtrières dans plusieurs régions du Sahel. Mais pour Washington, les accusations d’exactions deviennent de plus en plus difficiles à dissocier de sa politique d’engagement dans la région.
Cette évolution risque ainsi de compliquer davantage les relations entre les États-Unis et les pays de l’AES, au moment où ces derniers multiplient les alternatives aux partenariats occidentaux.
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