La guerre au Soudan déborde une nouvelle fois sur le territoire tchadien. N’Djamena accuse l’armée soudanaise d’avoir mené des frappes de drones contre un convoi des Forces de soutien rapide (FSR) après son entrée au Tchad. Le gouvernement tchadien affirme avoir placé ses forces de défense et de sécurité au plus haut niveau d’alerte.
Selon l’état-major tchadien, l’incursion s’est produite à plus de 100 kilomètres de la frontière. Des éléments rapportés par RFI situent toutefois les traces de l’attaque à environ 90 kilomètres de la ligne frontalière. Les premiers combats auraient débuté côté soudanais, dans les environs du triangle frontalier.
Le convoi visé aurait compté près de 200 véhicules. D’après les forces communes alliées à l’armée soudanaise, il venait de Libye et transportait des renforts destinés aux FSR, engagées dans la guerre contre l’armée régulière soudanaise.
Après son interception, environ 70 véhicules auraient été détruits ou endommagés par les frappes. Une trentaine d’autres auraient été récupérés. Plusieurs dizaines de combattants auraient également été capturés.
Les survivants auraient ensuite franchi la frontière pour se réfugier au Tchad. C’est après ce passage que de nouvelles frappes auraient eu lieu jeudi soir, vers 20 heures, avec des drones attribués au gouvernement soudanais.
Des images diffusées par les forces communes montrent plusieurs véhicules touchés. Des traces sombres apparaissent également sur des images satellites rapportées par RFI. Ces éléments permettent de documenter les attaques, mais ne suffisent pas, à eux seuls, à établir l’identité des opérateurs des drones.
N’Djamena dénonce une atteinte à son territoire
Les autorités tchadiennes affirment avoir confirmé l’incursion grâce à des reconnaissances aériennes et terrestres. Aucun décès tchadien n’a été signalé dans le communiqué de l’état-major.
N’Djamena dénonce néanmoins une nouvelle atteinte à son intégrité territoriale. Le général Chanane Issakha Acheikh a promis une réponse énergique à toute nouvelle menace contre le territoire national.
Le gouvernement tchadien a surtout relevé le niveau d’alerte de ses forces de défense et de sécurité. Une décision qui témoigne de la crainte d’une extension du conflit soudanais au-delà de ses frontières.
Khartoum n’avait pas officiellement répondu aux accusations tchadiennes au moment des publications. Des sources proches des renseignements soudanais ont cependant mis en doute les circonstances du passage du convoi et s’interrogent sur les conditions dans lesquelles une colonne aussi importante a pu pénétrer au Tchad.
Les routes d’approvisionnement des FSR sous pression
Cette nouvelle crise intervient alors que la frontière entre le Tchad et le Soudan constitue un axe stratégique majeur pour les belligérants.
Les FSR cherchent à préserver leurs routes d’approvisionnement vers le Darfour et le Kordofan. L’armée soudanaise et ses alliés tentent, de leur côté, de couper ces voies afin d’affaiblir les forces paramilitaires.
Nyala, où les FSR ont établi leur propre administration, a également été ciblée récemment par les forces gouvernementales soudanaises.
Le franchissement de la frontière tchadienne change toutefois la nature du risque. Jusqu’ici exposé aux conséquences humanitaires et sécuritaires de la guerre voisine, le Tchad pourrait désormais se retrouver directement impliqué dans les tensions militaires entre les deux camps soudanais.
Pour l’heure, les accusations de N’Djamena et le placement de ses forces au plus haut niveau d’alerte constituent les principaux éléments établis. Le bilan humain, l’identité exacte des opérateurs des drones et les circonstances précises du franchissement de la frontière restent à confirmer.
Une chose est certaine, les frappes présumées sur le territoire tchadien ouvrent un nouveau dossier de tension entre N’Djamena et Khartoum, alors que la guerre au Soudan menace toujours davantage de déstabiliser l’ensemble de la région.
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