Le Nigeria s’engage dans l’une des plus importantes réformes de son système de sécurité depuis plusieurs décennies. Mercredi 24 juin 2026, le Sénat a adopté un projet de révision constitutionnelle autorisant la création de forces de police dans chacun des 36 États de la fédération, mettant fin au monopole de la Nigeria Police Force placée sous l’autorité du gouvernement fédéral à Abuja.
Le texte prévoit que chaque État puisse recruter et gérer sa propre police afin de répondre plus rapidement aux défis locaux, notamment les enlèvements, le banditisme armé et les violences communautaires. Une disposition centrale donne aux gouverneurs le pouvoir de nommer les commissaires de police de leur territoire, sous réserve de la confirmation par les assemblées législatives locales. La police fédérale conservera néanmoins ses prérogatives en matière de sécurité nationale et pourra intervenir en cas de crise majeure ou de défaillance des forces locales.
Conscients des craintes liées à une éventuelle utilisation politique de ces nouvelles forces, les sénateurs ont intégré des garde-fous explicites dans le texte. Un amendement clé précise qu’« un commissaire de police d’État ne peut arrêter, détenir, enquêter ou déployer la force contre une personne, un parti politique ou un groupe au seul motif qu’il critique le gouvernement, sauf en conformité avec la loi ».
La réforme suscite toutefois des inquiétudes. Plusieurs observateurs redoutent que certains gouverneurs utilisent ces forces à des fins politiques. Des voix critiques, notamment parmi les partis d’opposition, dénoncent une réforme précipitée et un manque de planification. Un ancien commissaire de police a mis en garde contre des risques de corruption et d’insolvabilité financière dans plusieurs États. Pour ses partisans, le texte constitue au contraire une avancée majeure vers un fédéralisme véritable.
Avant son entrée en vigueur, le texte devra encore être approuvé par la Chambre des représentants, puis par les assemblées législatives d’au moins 24 des 36 États. Si elle aboutit, cette réforme pourrait profondément transformer l’architecture sécuritaire du Nigeria.
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